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Si nous souhaitons avec le comité une réflexion libre, nous avons jugé utile, comme un élément du débat, de répondre aux questions telles que formulées par ce Comité.
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Tout d'abord, nous avons deux remarques sur l'"aval" de ce texte. C'est une première, et il n'est pas sain que le gouvernement demande à notre direction un projet de transformation du statut, dont les axes figuraient déjà dans le Contrat d'Objectifs et de Moyens (COM) signé fin 2008. L'Etat n'est pas actionnaire, mais il est le principal client.
L'AFP et son statut sont une émanation de la représentation nationale, et nul ne conteste que le gouvernement veuille connaître l'état d'esprit de l'AFP, notamment de ses dirigeants.
Toutefois, le gouvernement, en l'occurrence, impulse cette réflexion de façon partisane et inédite puisqu'il demande précisément une refonte du statut, alors que le président de l'AFP lui-même, à plusieurs reprises, n'avait pas envisagé cette transformation, même après avoir été longtemps directeur-général, et avait insisté sur les bienfaits des statuts actuels.
Ensuite, ces trois mois d'élaboration, dans le respect scrupuleux des échéances fixées par le gouvernement (31 mars) n'ont donné lieu à aucune concertation avec les organisations représentatives. C'est un projet concocté dans l'opacité, qui a été rejeté à deux reprises par les organisations syndicales unanimes, y compris les cadres.
La lecture des premières pages ne peut obérer le fait que ces statuts ont permis le développement de l'AFP et garanti son indépendance.
Pourtant, brusquement, ce statut est accusé d'avoir privé l'agence d'une véritable "capacité de développement". Et il cite l'information financière et la vidéo. Ce sont des choix stratégiques qui ont empêché certains développements nécessaires.
Des sommes considérables ont été englouties dans des projets à perte (filiale AFX, ABBN, pages froides), tandis que des produits qui n'ont rien à voir avec notre métier (relaxnews, ParisModes, beaucoup trop de "people", ce qui n'est pas notre métier, quizz etc...) font aussi perdre de l'argent.
Les 31 pages de texte s'appuient sur une conception de la "modernité" tout à fait spécieuse, considérant que les multimédias vont provoquer de nouvelles crises de la presse, et que la "gratuité" va s'accroître. Or, si nous n'aurions pas dû vendre nos services à ces journaux, le fait est qu'ils sont eux-mêmes en crise et que nous assistons à un renouveau de "l'internet payant", en particulier en Grande-Bretagne.
De telles prédictions de quasi disparition du "papier payant" - comme du livre - ont été faites il y a plus de 15 ans, et se révèlent fausses. S'il y a crise en France et dans des pays occidentaux, elle a des racines parfois conjoncturelles et non structurelles. Et nous sommes une agence mondiale, et la presse payante-papier a crû de plus de 6% depuis deux ans (150 titres nouveaux en Asie).
Tous les projets, à notre sens néfastes que nous avons cités, ont été lancés sans que le statut ne soit en rien un obstacle :
En tant que telle la technologie « XML » qui permet la création de documents structurés et offre la possibilité de lier entre eux des objets de types différents (textes, images fixes et animées), est un outil essentiel pour une agence comme l'AFP.
Cette rénovation et son financement sont le premier argument pour une refonte du statut, avec une contribution de 20 millions d'euros de l'Etat. Nul ne conteste la nécessité d'une approche plus "multimédia" de l'AFP, mais il y a un double danger au "tout multimédia" où nous semblons nous diriger.
Tout d'abord, il ne faut pas nous éloigner du cœur de notre métier, celui de "grossiste en informations", une information si possible dotée de photos, de vidéo, d'infographie. Les erreurs d'anticipation passées sur le numérique ne justifient pas de nouvelles erreurs....; L'info brute est notre principale richesse, en même temps que notre principale ressource.
Obsédée par les nouveaux supports, notre direction semble parfois oublier que le texte doit toujours rester notre mode d'expression prioritaire, et que sans textes les autres supports, y compris la photo, n'auraient aucun sens du point de vue journalistique.
C'est une des raisons de notre scepticisme face à la philosophie de centralisation rédactionnelle à outrance qui semble guider la stratégie « Agence Multimédia ». Nous craignons que l'idée de positionner la production multimédia en amont du processus de production soit une grave erreur, car elle pourrait générer davantage de paralysie que de réelle coordination.
Quoi qu'il en soit, obtenir les 20 millions de l'Etat pour le programme 4XML ne justifie pas un changement de statut.
L'AFP a un chiffre d'affaires important, environ 270 millions d'euros, et assure environ 60% de ses recettes par ses abonnements hors Etat. Malgré la crise actuelle et des désabonnements anormaux (La Provence, Paris-Normandie) cette tendance de la baisse relative des abonnements de l'Etat peut se poursuivre.
Et c'est là qu'apparait ce qui est à notre sens, la grande réforme de l'AFP et qui ne nécessite en rien de changer le statut. Il faut que l'AFP soit mieux vendue, et moins pillée -car paradoxalement, la mise en ligne des dépêches AFP a peut-être été multipliée par mille en dix ans à cause de leur apparition sur les innombrables blogs et sites, ce qui ne nous rapporte rien.
Pour que l'AFP soit mieux vendue, il faut sans doute améliorer la rédaction, avoir plus de "scoops", mieux utiliser nos moyens (combien de journalistes sont sans affectation alors qu'ils pourraient considérablement enrichir notre potentiel!).
Il y a donc des aspects de politique sociale à résoudre. Mais l'essentiel, ce sont les relations avec les clients. Sans mettre aucunement en cause les collaborateurs des services commerciaux, qui font leur possible, nous pensons qu'ils doivent recevoir une formation spécifique pour mieux vendre l'AFP. Il faut aussi que les contacts avec les rédactions, et pas forcément seulement les directeurs de rédaction -qui eux-mêmes pensent, ce qui est logique, aux économies qu'ils peuvent faire- soient beaucoup plus continus.
L'AFP doit pouvoir gagner de nouveaux clients dans de très nombreux pays. Les directeurs de bureau ont leur responsabilité dans ce domaine, et la direction générale aussi, bien entendu. La crise de la presse nous frappe de plein fouet. Mais il y a aussi de nouveaux medias en permanence à solliciter.
Nous l'avons dit, le statut juridique, fruit d'un travail de dix ans, inspiré des travaux aussi du Comité général d'études du CNR, a voulu concilier l'indépendance, voulue par l'ordonnance du 26 août 1944, l'action commerciale dans le cadre du marché, et la coopérative avec la présence de la presse au sein du Conseil d'administration.
Comme le disent les PDG, tel récemment à plusieurs reprises Claude Moisy, qui ont été des journalistes, un changement de statut aboutirait à la disparition de l'AFP. Il convient donc de conserver le statut de l'AFP, malgré sa spécificité qui apparait rébarbative aux non connaisseurs, car sans équivalent. Certaines dispositions, comme peut-être une moins forte présence de la presse -mais c'est là un aspect secondaire, car la presse est indispensable au Conseil d'administration- peuvent se prendre par décrets.
L'actuel ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a dit à plusieurs reprises qu'une réforme du statut de l'AFP devait se faire par "consensus". Or il n'y a aucun consensus puisque toutes les organisations représentatives, l'assemblée générale de la Société des journalistes, -il y a même pratiquement un consensus "anti"- et, selon la prévision du PDG lui-même, une très forte majorité du personnel, est opposée au projet actuel. J'ajoute qu'il n'est pas d'abord opposé au projet actuel. Il est surtout viscéralement attaché à son statut, et considérerait sa perte comme une rupture morale de contrat.
Encore une fois, le mot "éditoriale" n'a pas sa place. Il y a indépendance, c'est tout; malgré les pressions de tous ordres, qui se multiplient et auxquelles il est parfois très difficile voire impossible de résister. L'indépendance a le mérite d'exister dans la loi. C'est donc un recours pour nous, s'il y a atteinte trop forte à cette indépendance. La transformation de l'AFP en société anonyme, ou en association, ou en fondation, qui nous ferait dépendre de tiers, serait pas définition une cassure de notre indépendance. S'il doit y avoir des garanties, c'est dans le comportement des différents pouvoirs qu'il faut les chercher. Nous constatons aussi, par le succès de la pétition pour l'indépendance et la survie de l'AFP", qui est pour nous une arme très importante, l'attachement des mondes politique, journalistique, littéraire, artistique, sportif, celui de nombreux métiers ou de citoyens sans responsabilité ou mandat importants, à l'indépendance de l'AFP. C'est un enjeu démocratique très important.
La faiblesse de l'AFP réside dans l'excès de pressions qu'elle subit, l'incertitude concernant son avenir, et certains choix stratégiques dommageables pris par ses directions. La volonté de la presse de réduire ses abonnements l'affaiblit aussi. Enfin, elle n'est pas épargnée par la crise de la presse, dont elle est frappée par ricochet. L'AFP, qui est à la source de l'immense majorité des informations d'intérêt national, a cette force d'être la seule, en France, à répondre à ce besoin d'informations fiables, sourcées, importantes.
Si l'AFP disparaissait, les balivernes colportées sur Internet -Internet qui, par ailleurs, contient aussi d'excellentes informations inédites que nous pouvons reprendre en les vérifiant- seraient reprises par certains medias, souvent de grande écoute, avec beaucoup moins de scrupules.
Mais un changement de statut affaiblirait considérablement l'AFP. Et encore une fois, comme le soulignait M. Moisy, elle n'y résisterait pas.
Jean-Michel Cadiot, président - David Sharp, trésorier, le 10 février 2010
Jean-Michel Cadiot, journaliste à l'AFP, président de l'ADIAFP. http://www.adiafp.org/