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L'AFP fait partie de la poignée d'agences de presse qui ont une présence et une portée véritablement mondiales. Parmi les autres "grandes" : l'américaine Associated Press (AP) et Reuters, britannique d'origine mais faisant partie depuis 2007 du groupe Canadien Thompson.
L'ancêtre de l'Agence France-Presse de nos jours s'appelait Havas, née en 1835. Elle est devenue l'Agence France-Presse à la suite de la deuxième guerre mondiale. Lors de la Libération de Paris en août 1944 l'agence fut refondée par des journalistes qui avait combattu dans la Résistance. L'un d'entre eux était Jean Marin, qui participa à la rédaction des statuts de 1957 et occupa le poste de PDG jusqu'en 1975.
Les statuts de l'AFP sont définis par une loi du Parlement - situation inhabituelle qui reflète le caractère unique de sa mission. L'agence y est définie comme une entreprise commerciale qui n'est ni publique, ni privée, ne possède pas de capital et est coiffée par un conseil d'administration composé majoritairement de ses principaux clients. Ces derniers comprennent notamment le gouvernement français, dont les diverses administrations et instances s'abonnent aux services de l'AFP. Contrairement à ce qu'on lit trop souvent, la majeure partie des fonds fournis par le gouvernement à l'AFP (cf "Quelques chiffres" en bas de cette page) ne peut en aucun cas être considérée comme une subvention ; il s'agit au contraire de paiements commerciaux en échange des services de l'Agence.
Même l'actuel PDG Pierre Louette, qui cherche à modifier les statuts, a convenu que ces derniers n'ont jamais constitué un obstacle pour l'AFP dans le passé. Dans un article paru le 19 juillet 2006 dans "Le Figaro", M. Louette a affirmé que "les statuts de l’AFP n’ont pas empêché l’agence de vendre ses produits à l’international et à être probablement la première agence généraliste en Asie et au Moyen-Orient. En outre ces statuts sont sévères sur l’éthique et la déontologie journalistique, des valeurs plus que jamais indispensables dans le monde actuel de l’information de masse."
En effet, l'article 2 du statut affirme en particulier que l'AFP "ne peut en aucune circonstance tenir compte d'influences ou de considérations de nature à compromettre l'exactitude ou l'objectivité de l'information ; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d'un groupement idéologique, politique ou économique."
Le statut prévoit également qu'un Conseil supérieur composé de hauts fonctionnaires et de représentants des médias et des syndicats veille au respect de l'article 2. Par ailleurs un mouvement de "critique des médias", qui devient de plus en plus audible et s'exprime notamment par le biais d'Internet, soumet les couvertures de l'Agence à un contrôle attentif.
Avec son statut actuel, que M. Louette et le gouvernement cherchent aujourd'hui à modifier, l'AFP a réussi à grandir au cours d'un demi-siècle pour devenir une présence dans le monde entier, employant 2 900 personnes dans 165 pays, travaillant en français, anglais, espagnol, portugais, allemand et arabe, et produisant des photos, de la vidéo et des infographies en plus de ses services texte. Elle n'a pas eu besoin de saborder son statut pour affronter l'informatisation au début des années 1970, l'arrivée d'Internet dans les années 1990 et la numérisation intégrale de la photo dans la même période.
Des tentatives de modifier les statuts de l'AFP ont eu lieu à plusieurs reprises dans le passé, mais cette fois-ci elles sont accompagnées d'attaques politiques d'une rare virulence. Au printemps 2008 plusieurs dirigeants de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), le parti au gouvernement, se sont mis à critiquer l'Agence. Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l'UMP, a accusé l'AFP de ne pas être assez prompte à publier ses communiqués de presse, tandis que le député Claude Goasguen a carrément exigé sa privatisation.
A l'automne 2008 le Président Sarkozy a convoqué une conférence des principales parties prenantes de l'industrie de la presse papier. Si les "Etats-Généraux de la presse" n'abordaient pas directement le statut ou le rôle de l'Agence France-Presse, l'un des rapports officiels publiés à cette occasion appelait à "la transformation de l'AFP en société anonyme, lui permettant de se doter d'un capital et de fonds propres."
En octobre 2008 le gouvernement a fait un pas de plus, annoncant par la voix d'un de ses représentants au Conseil d'administration de l'AFP que M. Louette était "mandaté" pour proposer un changement de statut qui doit notamment "doter l’Agence d’un actionnariat stable" et "conforter son rayonnement international et européen".
Des objectifs semblables étaient énoncés dans le dernier Contrat d'objectifs et de moyens (COM) conclu entre l'Etat et l'AFP. Cette convention entre l'Agence et son plus gros client définit en particulier les tarifs d'abonnement acquittés par l'Etat.
Le nouveau COM, signé avec beaucoup de retard début 2009, accorde une importance capitale aux changements technologiques, présentés comme la principale justification d'une modification des statuts. Une prise de position pour le moins discutable.
Sources : Direction de l'AFP, le Bureau d'études APEX